Responsabilité scientifique

Cet article est paru dans une version allégée dans L’Écologiste n°5 (automne 2001, Vol 2, n°3 p : 42-43) sous le titre « La responsabilité scientifique ».

Responsabilité scientifique

 

Il semble que, en dépit de l’évolution des idées philosophiques, l’idée dominante et partagée très largement par les scientifiques, serait que le chercheur “découvre la nature telle qu’elle est”. Partant de là, le scientifique n’ayant aucune responsabilité dans la forme de la nature et étant entendu qu’améliorer la connaissance de ce qui est ne peut être que favorable, au point d’être hors de toute question éthique, le scientifique n’a aucune responsabilité d’aucune sorte tant qu’il se tient à la “recherche fondamentale”, neutre et désintéressée.

 

Dans une récente émission sur France Inter, Roger-Gérard Schwartzenberg a réussi à dire deux phrases parfaitement significatives. L’une, en réponse à ceux (rares) qui contestent la recherche sur les OGM : “l’obscurantisme s’oppose au droit de savoir ” et l’autre, encore plus radicale : “la recherche publique est là pour établir la Vérité”.

 

Nous y voilà, si le scientifique décrit LA nature telle qu’elle EST, il dévoile la vérité, comme sur la fresque d’un des amphithéâtres de la Sorbone. De plus, cette Vérité unique et indépendante de l’observateur” (terme ô combien chargé !) est constitutionnellement indépendante de l’avenir de l’espèce humaine, c’est à dire que cette notion est non pertinente dans la démarche de savoir.

 

Bien sûr, on fera la distinction avec la recherche appliquée, la technique, qui, elle, dans son rapport avec l’acte, la production, le savoir-faire, implique une certaine responsabilité, au sens moral et juridique du terme, mais c’est bien ce postulat plus ou moins explicite : “il n’y a qu’une Vérité, elle est indépendante de l’Homme (donc, déjà-là à tout moment) et le fait de la dévoiler est un acte neutre sur le plan éthique”, qui va profondément façonner la société moderne et, nous l’affirmons déjà ici, la mettre en péril.

 

 

Neutralité de la recherche fondamentale

 

Si on accepte les postulats précédents, on est en effet tenté de conclure à la non responsabilité scientifique, à la rejeter sur les utilisateurs du savoir (techniciens) et à vouloir régler la question par des lois et un comité d’éthique servant de filtre discriminant entre bons et mauvais usages de la Connaissance.

 

Sans entrer dans une argumentation métaphysique qui dépasserait le cadre de cet article, il est clair que cette position un peu simpliste ne résiste pas à l’examen, d’une part parce qu’il est impossible de distinguer aussi allègrement savoir et savoir-faire (et peut-être encore plus dans les temps modernes, où l’Homo faber prend toute la place) et aussi et surtout du fait de la non indépendance de l’objet vis à vis de son “observateur”… très actif. Observateur qui, en fait, se comporte comme une source de sens (intersubjective), sens qui, quelle que soit la conception philosophique qu’on puisse avoir de la réalité, n’existe pas tel quel dans la nature, et qui structure notre société, dans son être et son comportement. C’est bien là, en tant que source créatrice d’un sens qui, par ailleurs, ne peut pas non plus être quelconque ou purement arbitraire, que le scientifique, même le moins technicien qui soit, participe de la forme de la société et de son devenir et, partant, endosse nécessairement la responsabilité, bien plus profonde que morale ou juridique, de sa propre intentionnalité créatrice.

 

Tout n’est pas construit à partir de l’observation et de l’expérience. Déjà, Aristote soulignait la nécessité de disposer d’une théorie pour commencer à étudier quoi que ce soit, quitte à la modifier ou à la remplacer très vite par une autre. Si on demande d’étudier une fourmilière, il faudra un guide. Ce guide ne sera cependant pas seulement une théorie (dont la formulation permettra seule la confrontation des hypothèses avec la “réalité”), mais aussi une conception du monde et de la science, et d’autres choses encore, qui seront préalables et fonction d’une époque. Il ne sera pas indifférent pour le devenir de cette étude, pour la constitution des objets pertinents etc., de décider de compter les poils de chacune des fourmis, ou de répertorier les produits qu’elles glanent dans la nature, ou de considérer l’ensemble comme un système dynamique connectiviste, ou autre. Il est clair que ces décisions ne sont pas contenues dans une fourmilière isolée de tout contexte sémantique, scientifique, historique, de l’observateur. Il est tout aussi clair que les méthodes employées pour construire les théories en question et pour confronter les hypothèses avec la réalité seront elles aussi dépendantes de ce contexte.

 

L’intentionnalité, quant à elle, va constituer l’objet scientifique (général abstrait et particulier concret). En effet, la constitution d’une catégorie va nécessiter la relation d’identité. Or, cette relation d’identité/différence, nécessaire à l’acte, requiert cet acte pour la constituer. Prenons l’exemple de deux cruches. Elles peuvent être identiques pour un marchand de liquide si elles ont “même” contenance eu égard à son activité. Pour un antiquaire, leur date de fabrication peut en faire deux objets différents, pour un autre, leur couleur, leur poids etc… On peut supposer une notion d’identité dans laquelle tous les caractères des cruches sont identiques (sauf au moins leurs spatio-temporalité, sans quoi, il n’y aurait qu’un seul objet), mais ceci ne fait que repousser le problème, car une cruche n’a pas de caractère “propre”, ces caractères nécessitant, pour être construits, au minimum la subjectivité d’un être mobile percevant, et “tous” les caractères supposerait qu’un objet “possède” une liste finie de caractères. Ces caractères n’en sont que dans une relation opérée par une source de sens. La localisation spatio-temporelle qui semble être abstraite peut elle-même être directement en jeu dans son sens le plus concret possible, par exemple si notre cruche est une cible.

 

Les caractères quantitatifs ne sont pas moins soumis à l’intentionnalité de l’observateur”. L ‘égalité, dans le monde physique (nous avons failli dire “le monde réel”) n’est pas la notion abstraite de l’égalité mathématique. Cette dernière est transitive, c’est à dire que si a = b et b = c, alors a = c, transitivité qui se trouve constamment contredite par l’expérience, dans le monde physique. Prenons une série croissante de poids différents de 0,5 g environ sur une balance sensible au gramme près (on suppose évidemment que ces poids ont été déterminés préalablement sur une balance plus précise), nous aurons a = b, b = c, c = d, mais a < d.

Ici aussi, la relation d’identité suppose que soit décidée la précision de la mesure, qui soit, finalement, adéquate à l ‘acte, à ce qu’on veut faire de ces objets réunis en une classe générale (et il n’y a de science que de général). Il y a bien, dans le cadre d’une intention d’agir, une mise en adéquation (si elle est possible) entre l’objet et les moyens (techniques, conceptuels etc.) dont on dispose. Et qui sait si la science ne serait pas surtout cette mise en adéquation-là ?

 

La nécessité d’une intention pour la constitution d’un objet général (et donc, aussi, pour celle d’un objet particulier) est bien évidemment présente dès le problème de l’identité posé, puisque pour pouvoir être identiques, deux objets doivent être différents en quelque chose qui ne concerne pas l’intention que l’on a de s’en servir.

 

Nous sommes déjà, avec ces quelques remarques toutes simples, bien loin de l’indépendance de l’objet vis à vis de l’“observateur” que suppose la position majoritairement affichée quant à la responsabilité scientifique.

 

Bien sûr, la science, branche dominante de la culture occidentale contemporaine, est aussi créatrice de concepts qui lui sont adaptés et qui, en retour, orientent aussi le reste des activités humaines. Cet “en retour” est essentiel. La boucle ainsi créée n’est pas un cercle, c’est un processus auto-amplificateur, auto-modulateur, qui se nourrit de lui-même et tend, de plus en plus fortement, à exclure toute alternative. Voyons comment, à travers l’exemple fictif de l’étude scientifique de la générosité.

 

Le problème, dans ce cadre, sera de rendre compte du caractère généreux ou non d’un individu. Ainsi, on pourra dire que si quelqu’un est généreux, c’est parce que cela lui procure du plaisir. Bien entendu, il s’agit là d’une tautologie opératoire puisque, si cette générosité nuit à l’individu, c’est soit que le plaisir qu’il éprouve est ressenti par lui comme plus important que la nuisance qu’il subit, soit parce qu’il aime à se faire souffrir, bref, on retombera toujours sur une notion de plaisir. Nous avons donc ici un objet d ‘études simplifié et orienté et dont il va falloir rendre compte dans les termes de la science actuelle, c’est à dire établir une chaîne causale complète expliquant, à partir d’un déterminisme génétique, le mode généreux ou égoïste d’accès au plaisir.

 

Pour simplifier, plaçons-nous dans la situation la plus favorable pour le scientifique contemporain et supposons qu’il mette réellement en évidence la présence d’un gène qui détermine le mode généreux ou égoïste d’accès au plaisir et qu’il décrive l’ensemble des molécules qui réalisent les actions nécessaires pour, finalement, être, soit généreux, soit égoïste. Nous sommes donc là au sommet de la réussite scientifique, qui a objectivée, dans des termes pertinents pour elle, un caractère comportemental, qui  peut, dans ce cas, être considéré comme étant totalement élucidé.

 

Pourtant, dans l’exemple qui nous occupe et ce, sans contester (ceci est important) la possibilité d’une telle description, la générosité a, avant tout, un sens social, qui émerge dans le cadre des relations humaines (ce qui n’est d’ailleurs nullement nié par l’approche scientifique) et qui entraîne un jugement de valeur sur la personne ainsi qu’un comportement particulier à son égard, comportement soutenu par ce jugement de valeur. C’est ce sens-là qui constitue la notion de générosité et c’est d’ailleurs celui-là dont le scientifique se saisit pour en rendre compte. Mais le problème est que le simple fait de rendre compte du caractère généreux ou égoïste d’un individu dans les termes pertinents de la science contemporaine détruit toute possibilité de jugement de valeur, puisqu’il rend l’ensemble des individus équivalents, abolissant notamment toute responsabilité dans leur manière d’être. Plus, il rend ipso facto ce jugement de valeur non pertinent.

 

Le simple fait, ici, de réaliser avec succès l’objectif scientifique (d’accomplir l’intention structurante) détruit la nature même de l’objet étudié… et change la société. Et ceci, dans la plus grande satisfaction de tous, puisqu’on a supposé que la démonstration était complète, reproductible, dans les normes (et nous ne le contestons pas). La science, dans son excellence même, crée les objets aptes à être traités par elle. Mais ce n’est pas tout, car, en effet, une fois le résultat atteint, cette réussite va, en retour, justifier l’ensemble de la démarche (y compris l’intentionnalité initiale) puisque, dans les termes scientifiques, qui s’imposent au jugement de la société toute entière, cette démarche amène à un succès… jugé dans ces mêmes termes. Nous sommes au cœur de l’auto-amplification de l’auto-satisfaction.

 

Certes, l’exemple de la générosité est artificiel, mais il est un modèle de la démarche scientifique dominante actuelle, notamment en biologie. L’objet d’études est simplifié à l’extrême, de façon à pouvoir être étudié à l’aide des techniques dont on dispose. Ce sont ces techniques qui déterminent les termes de la description. Plus encore : rien d’autre n’est pertinent. Ce faisant, on a créé un objet d’études simple, à l’image de ce qu’on peut en faire, artificiel et privé de sons sens. Le succès obtenu justifie en retour cette démarche et renforce encore la conviction de sa pertinence, renforce aussi la Vérité scientifique, de plus en plus vécue comme seule possible. Ce processus, réductionniste et falsificateur à l’extrême, est aussi un facteur inéluctable d’impérialisme et d’exclusion.

 

 

 Un exemple tragique des conséquences d’une science bien faite

 

Loin de découvrir un monde “déjà là”, le chercheur crée un univers scientifique conforme à ses intentions, elles-mêmes guidées par le paradigme scientifique de l’époque, mais qui implique sa responsabilité dès que cette intention prend corps.

 

Certes, ce monde artificiel ne peut être quelconque, guidé par le seul désir du scientifique. Il se doit d’être compatible avec la nature, via l’expérimentation rigoureuse. Cependant, le fait même de considérer, de façon générale, le scientifique irresponsable, car ayant une position neutre par rapport à la nature des choses et des événements, a pour conséquence immédiate l’indépendance de la formation des conceptions et problématiques scientifiques d’avec la capacité, pour l’Homme, à se maintenir dans l’univers. Cet objectif, qui semble pourtant recouvrir une préoccupation minimale et essentielle, est, du même fait de l’irresponsabilité scientifique, naturellement et logiquement déclaré non pertinent dans la construction de la réflexion scientifique. il suit de cette non pertinence que la nature, la forme, le sens des objets scientifiques, des “découvertes” et des inventions qui en découlent, sont aléatoires par rapport à cette capacité de l’Homme (en tant qu’espèce) à se maintenir au monde, aléatoires quant à l’organisation générale du vivant, qui ne fait pas non plus partie intégrante de l’intentionnalité scientifique générale.

 

Pourtant, l’orientation donnée par la science “fondamentale” est celle qui sert de base aux techniques modernes (dans la mesure où on peut encore distinguer fondamental et appliqué) dont on peut affirmer sans trop de crainte de se tromper qu’elles sont capables de modifier profondément l’organisation du vivant et ceci, nous l’avons vu, de manière aléatoire par rapport à la capacité de survie de l’espèce humaine, non pas du fait d’erreurs scientifiques ou techniques, mais du fait même du bon déroulement, rigoureux, d’une science Vraie et Neutre. La nature même de la science moderne conduit nécessairement à la remise en cause de la place de l’espèce humaine sur terre.

 

Un sujet très “chaud” de l’actualité des technosciences modernes va nous permettre, en contournant les longs développements, de montrer les conséquences de l’inadéquation de cette science.

 

Le gène, parce qu’il est transférable par des croisements contrôlés, est conçu comme l’élément d’un code. Cette extrême réduction s’est montrée efficace pour la problématique adaptée à la biologie moléculaire et a permis les développements techniques que l’on sait, notamment la pratique transferts directs de gènes pour faire des OGM.

 

La position réductionniste ad hoc conduit à dire “il y a toujours eu des OGM, car il y a toujours eu des échanges de gènes dans la nature”, niant de façon totalement implicite l’historicité des gènes, c’est à dire du processus qui les met en place lors des échanges naturels et dirigés. D’autre part, cette pratique des OGM viole un principe fondamental de l’organisation des systèmes : la restriction.

 

Chaque être vivant dans le monde est en relation avec d’autres. Ces relations peuvent aller dans le sens de sa survie (apport de nourriture p. ex.), de sa mort (transfert de bactéries pathogènes p. ex.) ou être neutres. Tous ces éléments de ce vaste système des êtres vivants ne sont pas en connexion avec tous les autres, mais il existe nécessairement une vie qui permet théoriquement de les relier tous successivement, sinon, ils seraient extérieurs au système et ignorés.

 

Raisonnons maintenant sur une représentation très schématique du génome d’un individu (cf. figure). L’ensemble A, théorique, représente tous les gènes possibles. L’ensemble B représente le génome d’un individu, c’est à dire un échantillon de A, constitué d’une suite de bases ATGC. Ces bases forment des gènes dont une immense majorité est non codante[1], le reste codant pour des chaînes linéaires d’acides aminés. L’ensemble C est constitué de ces chaînes linéaires d’acides aminés qui, spontanément, se replient, s’associent à d’autres molécules glucidiques, lipidiques ou protéiques pour former l’ensemble D, constitué des molécules actives, dont les fonctionnalités émergentes vont permettre la sélection naturelle, au cours de l’évolution, de l’ensemble B.

En résumé, B est un échantillon de A, extrait grâce aux fonctionnalités de l’ensemble D, et ces fonctionnalités émergentes ne sont pas dans les termes qui permettent la constitution de A et de B (les sites actifs des molécules de D ne sont pas des paires de bases ni directement dérivées d’elles). B est donc bien aléatoire, car il est sélectionné par des phénomènes qui ne sont pas dans ses propres termes (ce qui sélectionne B est dans sa nature indépendant de B). Pourtant, B (le génome d’un individu) n’est pas quelconque, parce qu’il est issu d’un processus organisateur historique. Nous pensons que ce qu’on peut appeler, de façon très paradoxale, le hasard non quelconque, est un processus majeur de l’organisation des systèmes vivants.

 

Si, par manipulation génétique, on introduit un gène étranger (et, de plus, à n’importe quel endroit du chromosome !), on ne prend pas en compte l’historicité du système et on y introduit du totalement quelconque, donc, du désordre. Or, à aucun moment, la question de savoir si l’historicité des gènes était pertinente ou non pour l’organisation et la survie des systèmes vivants n’a été même posée par ceux qui se sont empressés de passer à l’acte.

 

Qui plus est, l’organisation d’un système nécessite des restrictions. Le cerveau d’un petit enfant est saturé de neurones, connectés à tout va entre eux. Il ne sait rien ni rien faire. Apprendre, c’est d’abord détruire des neurones et des connexions, pas n’importe comment évidemment, afin que tout et n’importe quoi ne soit plus possible, car tout et n’importe quoi, ce n’est pas de l’organisation. De même, dans un système social où, cette fois, c’est l’individu qui est un élément du système, laisser tout faire à un enfant, sans restriction, conduit à former un individu sans être véritable, asocial et délinquant, mal dans sa peau. L’organisation, le sens, la forme imliquent que des voies possibles en principe soient impossibles en fait, ne laissant que quelques possibilités restreintes.

 

Or, c’est bien ce principe essentiel que les grandes sociétés de biotechnologies se proposent de violer. En effet, l’échange de gènes entre individus se produit lors de la fécondation, pour les êtres sexués. Or, il est très difficile, pour un homme, de faire un bébé avec un ver de terre (ou pour une fraise, avec un poisson). Les échanges sont considérablement restreints dans leurs possibilités par des mécanismes actifs qui empêchent que tout et n’importe quoi ne se produise. Pourquoi, après tout, de telles restrictions qui conduisent à l’émergence des espèces, si ce n’est pour respecter le principe essentiel qui permet l’organisation, la forme? Certes, on objectera qu’il est d’autres modes d’échanges de gènes. Certes. Mais ils ne sont pas si nombreux que cela, et ils sont eux-mêmes considérablement restreints. Ainsi, s’il est vrai qu’un virus peut encapsider[2] tout ou partie d’un gène pour l’injecter ensuite dans une autre cellule, les sites cellulaires sur lesquels les virus peuvent s’attacher sont très particuliers et restreints, même si cette restriction n’est pas forcément celle de l’espèce.

 

On voit bien, dès lors, qu’une différence fondamentale existe entre l’échange des gènes qui se produit naturellement, processus restreint et historique permettant une évolution structurée du système, même si cet échange est guidé par l’Homme en vue de ses besoins, et la création d’OGM où n’importe quel gène ou groupe de gènes est introduit dans n’importe quel génome, à n’importe quelle place, niant ainsi, par principe et sans aucun argument, la pertinence de l’historicité et de l’évolution! Il est bien clair que de telles pratiques, si elles devenaient fréquentes et diverses, comme elles doivent logiquement le devenir, violeraient ce principe essentiel de restriction et engendrerait NÉCESSAIREMENT une désorganisation du système vivant dans son ensemble. De là, certes, un autre système vivant émergerait sans doute, mais il est bien loin d’être sûr que l’espèce humaine serait encore du voyage.

 

En conclusion

 

Contrairement à la conception largement répandue selon laquelle la technoscience moderne peut être dangereuse dans ses applications pratiques et qu’il convient donc de développer la recherche fondamentale pour mieux asseoir le système de filtre que représente la réglementation, il apparaît que la nature même de la science, telle qu’elle est actuellement, structurée par des concepts totalement périmés, génère un risque majeur pour l’humanité.

 

Rompre le processus d’auto-amplification de l’auto-satisfaction pour faire émerger d’autres savoirs possibles doit être maintenant la tâche prioritaire et urgente, car personne ne connaît le point où la désorganisation du système vivant devient irréversible. Un tel changement conceptuel nécessaire ne saurait évidemment s’envisager sans impliquer aussi un changement profond de la société toute entière.

Dr Frédéric JACQUEMART et Stéphanie DAYDE